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Bal démasqué - Anne-Marie Puy

   
     

Dans un espace qui ressemblerait davantage à l’enfer de Huis Clos qu’aux coulisses d’un théâtre de comédie, des comédiens et un pianiste se préparent étrangement à un spectacle qui se jouera – ou pas. Plongés dans la matière du rêve, ou plutôt d’un cauchemar – de ceux qu’un acteur peut faire à la veille d’une première – les partenaires s’affrontent et s’agrippent l’un à l’autre, se renvoyant leurs insuffisances, se débattant comme des animaux en cage. C’est une vision noire du théâtre que l’auteur nous livre ici, ses conflits obscurs, ses peurs archaïques. Mais pourtant, c’est une comédie. Ce théâtre effondré nous fait rire, car l’enjeu nous semble dérisoire : est-ce la peine de tant souffrir et de se faire du mal pour ce qui serait un spectacle ? Le théâtre est par terre, étalé, en convulsion, dans des soubresauts grotesques. Et de temps à autre, la musique – et le musicien - qui cherche sa place dans ce chaos tente d’apaiser, de s’élever, éternelle et indifférente. Le coeur bat. On chante une chanson, comme pour échapper au temps qui passe. Elle n’est pas prête, il n’est pas prêt. La représentation est proche pourtant, il faudra bien donner un spectacle. Mise en abîme : le spectacle du théâtre cassé se déroule tout de même sous les yeux du spectateur. On pourrait même évoquer le burlesque d’Hellzapopin. Un burlesque infernal. Le rythme de la représentation qui semble pousser à leur perte les trois artistes égarés est intense, cadencé, ça swingue dans le désordre.

 

Le monde est à l’envers. Les rêves de théâtre qui nous ont traversés sont victimes d’un séisme et se retrouvent cul par-dessus tête : plus personne ne sait ce qu’il doit jouer, raconter, et pourtant, la vie continue : les chansons, les amours déçues… La lumière filtrera-t-elle à travers la noirceur ? Je pense à des miroirs de loge posés au sol, à des amas de velours rouge, poussiéreux, entassés dans un coin, à des vieux costumes accrochés à un portant, à une image du théâtre en crise ou moribond. Le Roi se meurt-il ?

Françoise Merle